MÉMOIRE DE  Mgr BOUVIER

Réouverture de l'église de St Charles la Forêt après travaux

le 30 Octobre 2005

 

                 

Malachie (1,14b-2,2,1.2b.8-10)

Thessaloniciens 2,7b-9.13

Mt 23,1-12

 Frères et Sœurs,   

 

C'est une joie pour moi de pouvoir prier, célébrer avec la communauté paroissiale de St Pierre du Maine dans cette église réouverte, restaurée car l'église n'est pas qu'un monument du passé, elle est faite pour être ouverte, plus habitée pas seulement par une volonté administrative mais par la volonté et la foi surtout des fidèles. Le bâtiment est en effet au service de la population, d'où le double sens du mot Eglise lui-même : à la fois monument et communauté vivante de fidèles.

L'Eglise plantée au cœur de l'agglomération humaine est ce bâtiment particulier qui ne rapporte rien, qui est même une charge qui rassemble la population aux grands moments et événements, qui contribue au lien social, qui rappelle la dimension spirituelle, l'ouverture à Dieu de la personne humaine.En cette année du centenaire de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, nous sommes invités en 2005 à apprendre une laïcité ouverte, du dialogue, de la juste place des communautés religieuses dans l'espace public. Que faisons-nous du patrimoine et de l'héritage spirituel que nos ancêtres ont su construire et nous léguer avec beaucoup moins de moyens que nous, mais surtout avec leur foi ?

Les textes bibliques que nous venons d'entendre sont tout à fait fondamentaux et fondateurs. Et ils gardent toute leur actualité pour nous aujourd'hui encore en ce jour où nous évoquons une figure importante du christianisme du 19eme siècle issue de cette commune, Mgr Bouvier, St Charles, devenu le dernier évêque du Mans avant l'érection du diocèse de Lavai dont nous fêtons cette année le 150eme anniversaire : le diocèse de Lavai se détachait du diocèse du Mans avec un évêque, le premier de son histoire, Mgr Wicart.

L'unité des croyants, des chrétiens qui se vit dans un diocèse, une paroisse n'est pas faite de compromis, de négociations humaines, elle est d'abord le résultat d'un acte de foi en un Dieu unique qui nous rassemble et qui est le plus fort point commun qui nous rassemble. Notre unité, notre rassemblement dans une même communauté, c'est d'abord l'œuvre de Dieu dans nos cœurs, notre communauté. Nous sommes donc invités à laisser agir en nous cet Esprit de Dieu. Notre unité, notre cohésion ne tient pas d'abord à des intérêts communs, à des options communes, elle est œuvre de Dieu.

« Et nous, le peuple de Dieu, n'avons-nous pas tous un seul Père ? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l'Alliance de nos pères ? »

Et bien, c'est ce que j'ai souhaité, voulu pour les chrétiens de la Mayenne, qu'ils prennent goût, joie, plaisir à se rassembler, à partager la même prière, à mener une vie fraternelle de qualité dans notre société et dans le service du bien commun.

Saint Paul en écrivant aux Thessaloniciens attire notre attention sur le cœur du cœur, sur la passion de sa vie et la mission qu'il exerce. 

« Nous voudrions vous donner non seulement l'Evangile de Dieu, mais tout ce que nous sommes. En travaillant jour et nuit... nous vous avons annoncé l'Evangile de Dieu... Non une parole d'hommes, mais la parole de Dieu qui est à l'œuvre en vous, les croyants ».

Nous sommes invités à puiser dans cette source qu'est la Parole de Dieu qui nous ramène à l'essentiel de la Révélation. C'est le cœur de la foi. Nous devons être des familiers de la Parole de Dieu, de la lecture quotidienne de la Bible : c'est un des points forts du Concile Vatican II, renouveler notre foi à travers une lecture assidue et régulière de cette Parole dans notre vie chrétienne quotidienne, dans la liturgie et les sacrements. Je pense que les catholiques que nous sommes avaient un gros retard dans ce domaine et qu'il reste encore de gros efforts à faire alors que nous avons des moyens à notre portée comme jamais dans l'histoire chrétienne, livres, revues, moyens audiovisuels pour un prix accessible à toutes les bourses !

L'Evangile nous invite en effet à un effort de vérité qui nous rejoint et nous interroge en même temps :

« Ils disent et ne font pas

Ils agissent pour être remarqués ».

Nous entendons ce reproche qui nous est facilement fait à nous, les chrétiens : ils tiennent de beaux discours, leurs paroles sont formidables mais les actes ne suivent pas, ils ne sont pas meilleurs que les autres et c'est peut être bien vrai. Seulement faisons-nous ce reproche à nous-mêmes avant de le faire aux autres comme une sorte d'excuse facile. C'est vrai que les paroles de Jésus que nous osons prononcer, annoncer, commenter sont des paroles qui changeraient tout si on les mettait en pratique mais en même temps nous reconnaissons que nous ne sommes pas à la hauteur, qu'il y a un décalage, que nous sommes tous pécheurs... Nous le reconnaissons à chaque fois que nous commençons la messe en demandant pardon et en même temps nous demandons la force de mettre en pratique humblement les paroles du Christ qui ne nous appartiennent pas et qui changent nos vies. Le pire serait de renoncer, de baisser les bras sous prétexte que nous ne sommes pas meilleurs que les autres mais après tout, nous ne sommes pas pires non plus.

La clef nous est fournie à la fin de l'Evangile : elle tient en un mot : « Serviteur ». Le tout d'une vie chrétienne et d'une vie d'homme n'est pas dans les places d'honneur, les salutations, les titres, Rabbi, Père, Maître mais d'être en vérité d'abord Serviteur et il ne faudrait pas que ces titres, ces comportements, ces responsabilités nous dispensent d'être serviteurs, de servir. Ce que Jésus nous dit : il n'a rien contre les rabbi, les savants, les pères, les maîtres, les responsables, mais qu'ils soient d'abord serviteurs... quelle que soit notre condition. Tout baptisé est concerné là où il est : Servir. Etre serviteur.

  A. MAILLARD Evêque de Laval