Sommaire St Charles la Forêt

Historique de l’église de Saint Charles la Forêt

Par Jacques HUBERT

La Salle

St Charles la Forêt

 II était une fois une grande forêt qui recouvrait la majeure partie de l'espace compris entre Grez-en-Bouère et Meslay-du-Maine.Cette forêt qui appartenait alors au Duc Charles de la Trémoille, Seigneur de Lavai, fut abattue pour les besoins de la flotte maritime royale.Son vaste territoire défriché parut propice à la fondation d'une paroisse de plein exercice.

C'est alors, nous rapporte la chronique, que « mu de piété, ce Seigneur fit bâtir une église en l'honneur de Dieu, sous le patronage de St Charles Borromée dont il porte le nom ».

Ceci explique l'origine et le nom de notre St Charles la Forêt.

L'emplacement choisi est précisément l'endroit où nous nous trouvons aujourd'hui, au croisement des grands chemins de Ste Suzanne à Château-Gontier et de St Denis d'Anjou à Lavai. La première pierre en fut posée le 31 juillet 1684. Terminée 5 ans plus tard, elle fut bénite le 29 Mai 1689, avec le cimetière qui l'entourait, par le Vicaire général Jacques du Boismotté.

C'était une construction modeste qui ne comprenait que la nef et un chœur semi-circulaire, avec un clocher sur le milieu de la charpente.

Le premier Curé résident nommé à St Charles fut l'Abbé Claude Poisson. Il y exerça son ministère pendant 20 années, au cours desquelles il célébra 90 mariages, 392 baptêmes et 256 inhumations. Sans doute la qualité de la construction de l'église laissait-elle à désirer, car dès 1724, nous la voyons tomber en ruines.

C'est alors qu'un généreux donateur s'engagea, sous réserve d'une aide du Comte de Lavai, à entreprendre les réparations nécessaires ainsi qu'à rallonger la nef de 20 pieds et d'y ajouter un pignon massonal à chaux et à sable dans lequel il ferait la porte principale et une fenêtre.

Le 16 janvier 1783, à la Closerie de la Bodinière, sur le chemin de Villiers, vint au monde un petit Jean Bouvier.Selon l'opuscule qui retrace sa vie, « la famille Bouvier était de condition très modeste, mais possédait de grandes qualités : droiture, honnêteté et foi. L'Abbé Renusson aimait beaucoup la famille Bouvier, et se plaisait à dire que le petit Jean était destiné à de grandes choses. »

 Nous verrons plus loin combien cette prémonition était judicieuse. L'Abbé Renusson fut un pasteur d'un exceptionnel mérite, joignant la science, la piété et la charité.

Il sut gagner la confiance et l'affection de ses fidèles qui en firent le premier Maire élu de St Charles. Survint la Révolution : n'ayant accepté de prêter serment au nouveau régime qu'en ce qui n'était pas contraire à la religion, il fut hélas rapidement inquiété et contraint à l'exil en Angleterre où il mourut à l'âge de 60 ans.

Pendant 8 années terribles, le culte et les sacrements continuèrent cependant d'être assurés par d'autres prêtres qui, bravant tous les risques, officiaient clandestinement. Leur seule chance était la ferveur dont les entourait la population. Parmi ceux là, l'Abbé Roussin qui, en 1800, sera officiellement appelé à succéder à M. Renusson.

Il y demeura jusqu'à sa mort en 1811, après laquelle ses paroissiens ne manqueront pas d'associer sa mémoire à celle de leur cher Curé Renusson.

Cette même année, l'Abbé Jean Bouvier, alors professeur de philosophie à Château-Gontier, vint à St Charles pour y célébrer un baptême. Après de fortes études classiques, puis théologiques, il était entré au Séminaire d'Angers et le 24 septembre 1808, avait reçu le sacerdoce.

Remarqué de l'Evêché du Mans, il est appelé à enseigner la philosophie au Séminaire du Mans, et c'est bientôt la chaire de théologie qui l'attend.

En 1819, il est nommé supérieur de ce séminaire, responsabilité à laquelle 1 an plus tard il devra ajouter celle de Vicaire Général de l'Evêque du Mans.  Enfin,  le 22 novembre 1833 il est lui-même nommé au siège épiscopale du Mans. Tel est le couronnement d'une rapide et brillante carrière ecclésiastique.

Entre temps, la cure de St Charles devenue vacante à la mort de l'Abbé Mimart, il y fit nommer l'un de ses anciens élèves qu'il avait particulièrement remarqué, l'Abbé Michel Le Royer.

Très entreprenant, celui-ci s'occupa très vite de reconstruire le presbytère et de procéder à d'autres aménagements, mais son rêve majeur est de réparer et d'agrandir l'Eglise.

Le 15 septembre 1835, Monseigneur Bouvier tint à visiter sa paroisse natale et à rencontrer son ami Le Royer qu'il y avait fait nommer. Il encouragea et aida son hôte dans la réalisation de son grand projet.

 La construction du chœur et des 2 chapelles fut engagée et pour parachever cette rénovation de notre église, Monseigneur Bouvier lui fit don d'un bel autel de style ogival, en pierre de Caen, ainsi que d'une paire de superbes vitraux.

La mise en place de cet autel amena la découverte de cette fameuse plaque de cuivre, gravée aux armes des Seigneurs de Lavai, et portant une inscription en latin, dont voici la traduction :

 LA POSE DE LA PREMIERE PIERRE

DE L'EGLISE SAINT CHARLES LA FORET

A ETE REQUISE

PAR TRES HAUT ET TRES PUISSANT CHARLES DE LA TREMOÏLLE

PRINCE DE TARENTE ET DE TAEMOND

DUC DE THOUARS ET DE EOUDUN

COMTE DE LAVAL DE MONFORT DE GUINES DE JONVELLE

DE TAILLEBOURG ET DE BENON

VICOMTE DE RENNES DE BAIES DE MARCELLY MARQUIS D’ESPINAY

PAIR DE FRANCE

LE MEME

POUR AVOIR DEMOLI LES REPAIRES DES BETES SAUVAGES

FAIT ERIGER L’EGLISE ET LE PRESBYTERE

ET CEDE LA SURFACE DE L’ANCIENNE FORET DE BOUERE

TERRE A LUI POUR L’ACQUITTEMENT DU CENS

EST LE FONDATEUR DE LA PAROISSE

L’ANNEE DU SEIGNEUR 1684

 

Le 16 mai 1843, l'Eglise ainsi rénovée fut solennellement consacrée par Monseigneur Jean-Baptiste Bouvier, Evêque du Mans, enfant de cette paroisse.Au soir d'une vie bien et saintement remplie, l'Abbé Michel Le Royer rendit son âme à Dieu. Son neveu François, qui déjà le suppléait comme vicaire, fut nommé pour lui succéder.

Le premier de ses soucis fut de parer à la dégradation de l'église déjà rongée par l'humidité : le pavage du chœur ainsi que la nef étaient marqués de moisissure et le bel autel lui-même en avait souffert.Un sondage permit de constater que le pavage avait été réalisé sur des décombres anciens mélangés d'argile. Il fallut donc ôter tout ce substrat sur 1 mètre de profondeur, pour le remplacer par une couche de pierres saines.

Avec l'aide de paroissiens dévoués, l'histoire se répétant souvent, le curé prit une part active à ce déblaiement. Quant au repavage, œuvre de spécialiste, il fut réalisé par le « père » Lyon, maçon à St Charles la Forêt.Les difficultés techniques sont une chose, les financières en sont une autre, et récurrente de surcroît : les responsables ecclésiastiques d'abord, les autorités municipales ensuite, depuis la loi de 1905, en ont fait, et en font, la lancinante expérience.

Telle que, réhabilitée par l'Abbé François Le Royer, l'église fut inventoriée le mercredi 6 mars 1906, sans que, contrairement à nombre de communes mayennaises, cette formalité ait soulevé d'incidents notables.Telle aussi nous est-elle transmise aujourd'hui, avec hélas, l'inévitable outrage des ans.

Jacques HUBERT

La Salle

St Charles la Forêt

 

Sommaire St Charles la Forêt